Ah que, évidemment, sortir la réédition de "Il n'y a pas si longtemps" le jour de la mort de Johnny, c'est pas malin !! C'est la totale éclipse ! Bon alors j'ai réécrit le texte en fonction, vous n'aurez qu'à le découper et le coller sur un vieil album, et pareil pour la couverture.

«Voici ma famille. Et voici Johnny Halliday. Tu le connais comme tout le monde le connaît, sinon t'as qu'à allumer le feu - euh non la télé.

Quand Johnny Halliday est venu au monde, les femmes n’avaient pas le droit de voter. Ah que ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. Ah que c’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Le dimanche, comme la plupart des femmes du village, la grand-mère de Johnny mettait son foulard pour aller à la messe. Jamais, au grand jamais, elle ne l’enlevait pour prier. Quand Johnny était enfant, les femmes devaient avoir la tête couverte dans l’église de monsieur le curé. Ah que ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. Ah que c’était en France, il n’y a pas si longtemps...

A dix ans déjà, Johnny avait beaucoup d'admiratrices dans son village. Mais elles ne fréquentaient pas la même école que lui. Johnny était inscrit à l’école des garçons, ses admiratrices à l’école des filles. Quand Johnny était enfant, on séparait souvent les garçons et les filles. Ah que ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. Ah que c’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Quand Johnny n’avait pas appris sa leçon, ce qui arrivait souvent, le maître, d’un coup de règle, frappait le bout de ses doigts. Johnny ravalait ses larmes, parce que Johnny ne pleure pas devant les autres. Quand Johnny était petit garçon, le maître pouvait lui faire mal ainsi. Ah que ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. Ah que c’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Johnny a grandi. Il est parti à Paris. Parce qu'il en avait marre : dans son village, comme dans la plupart des villages du pays, les filles étaient obligées de porter des jupes qui descendaient sous le genou, et jamais, au grand jamais, elles n’auraient osé entrer seules dans le café où il les attendait, sans être d’un frère ou d'un père accompagnée. Ah que ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. Ah que c’était en France, il n’y a pas si longtemps...

A Paris, Johnny a rencontré Sylvie, et en avril 1965, il se sont mariés ! Et du coup, pour travailler et avoir un compte en banque, Sylvie a dû demander l'autorisation de Johnny. Parce qu'en avril 1965, si une femme mariée voulait travailler, ou ouvrir un compte à la banque, il fallait d’abord que son mari soit d’accord. Ah que ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. Ah que c’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Un petit matin, honteuse, sans rien dire, la voisine de Johnny est partie à l’hôpital dans un pays étranger. Elle était enceinte. Son mari et elle ne voulaient pas du bébé. Mais les femmes n’avaient pas le droit d’avorter. Celles qui le faisaient en cachette, chez elles, sans vrai médecin, parfois mouraient. Et la mère de Johnny lui avait raconté que lorsqu’il avait trois ans, une femme avait été décapitée pour en avoir aidé d’autres à avorter. Ah que ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. Ah que c’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Quand Johnny était enfant, quand il était adolescent, quand il est devenu adulte, il y avait la peine de mort. On pouvait décider de décapiter les gens. Et si après on s’apercevait qu’on s’était trompé, c’était trop tard : leur tête était tombée dans le panier. Ah que ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. Ah que c’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Bien sûr, depuis longtemps, dans cette France-là, il existe aussi des LIBERTÉS. Johnny a pu se réunir avec ses musiciens, se rouler par terre, chanter "Jésus-Christ est un hippie !"… Bien sûr, depuis que Johnny est né, bien des choses ont changé. Bien sûr, aujourd’hui, grâce à ces changements, les enfants de Johnny sont plus libres que ne l’étaient les parents de Johnny. Et même si Johnny n'est plus là, vu qu'il est mort le 6 décembre 2017, ses fans et les arrières-petits-enfants de ses fans peuvent continuer à lutter, pour changer ce qui reste à changer.

Mais qu'ils n’oublient en regardant ce pays, ou d’autres pays plus loin, ah que en France, il n’y a pas si longtemps... »

(bon, autrement la réédition sans Johnny, c'est ici :  http://thierrylenain.blogspot.fr/2017/12/en-france-il-ny-pas-si-longtemps.html )



Disponible en librairie ! Et à découvrir en ligne en intégralité ici : 
https://goo.gl/M7bTc9.

«Il n'y a pas si longtemps, en France, les femmes n'avaient pas le droit de voter... ne pouvaient pas travailler ou ouvrir un compte en banque sans l'accord de leur mari... ne portaient pas de pantalons, leurs jupes devaient couvrir leurs genoux et elles n'entraient pas seules dans les bars... Il n'y a pas si longtemps, en France on décapitait... Des réalités, une histoire qu'il est nécessaire de ne pas oublier. Pour défendre les libertés, en conquérir d'autres, pour éviter de revenir en arrière. Et pour, aussi, un peu plus d'humilité…»

Adaptation en format 14,8 x 21 cm de l'album souple édité en 2005 par Sarbacane / Amnesty International. 10€ - EAN13 9782322085040 - éditeur Books on Demand - illustré par  Olivier Balez

A commander chez votre libraire ou à acheter en ligne par exemple ici https://goo.gl/BKYvVS (Fnac) ou ici https://goo.gl/oFzFTk (leslibraires.fr)

Texte intégral :

Voici mes grands-parents, mes parents, ma femme, mon fils et mes filles. Et voici ce que je veux vous dire.

Ma mère et mon père sont nés le même jour. Un jour où les gens votaient. Enfin, pas tous les gens... Mes grands-mères, par exemple, n’ont pas voté. Pas parce qu’elles accouchaient : parce qu’elles étaient des femmes. Quand mon père et ma mère sont venus au monde, les femmes n’avaient pas le droit de voter. Ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. C’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Le dimanche, comme la plupart des femmes du village, mes grands-mères mettaient leur foulard pour aller à la messe. Jamais, au grand jamais, elles ne l’enlevaient pour prier. Quand mes parents étaient enfants, les femmes devaient avoir la tête couverte dans l’église de monsieur le curé. Ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. C’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Ma mère et mon père habitaient le même village, mais ils ne fréquentaient pas la même école. Mon père était inscrit à l’école des garçons, ma mère à l’école des filles. Quand mes parents étaient enfants, on séparait souvent les garçons et les filles. Ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. C’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Quand mon père n’avait pas appris sa leçon, le maître, d’un coup de règle, frappait le bout de ses doigts, ou lui tirait les oreilles très fort comme s’il voulait les décoller. Mon père ravalait ses larmes. Personne ne protestait. Quand mon père était petit garçon, le maître pouvait lui faire mal ainsi. Ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. C’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Quand ma mère avait zéro à sa dictée, la maîtresse barrait la feuille de rouge et lui épinglait son cahier dans le dos. Ma mère devait tourner comme ça dans la cour de récré. Elle pleurait de honte. Personne ne protestait. Quand ma mère était petite fille, la maîtresse pouvait l’humilier ainsi. Ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. C’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Ma mère a grandi. Comme toutes les jeunes lles, elle ne portait pas de pantalon et ses jupes devaient descendre sous le genou. Et jamais, au grand jamais, elle n’aurait eu l’idée d’entrer seule dans un café, sans être d’un homme accompagnée. Ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. C’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Un jour enfin, dans leur village, mon père et ma mère se sont mariés. Et je suis né ! On m’a donné le nom de mon père : l’homme était le chef de la famille. C’était lui qui décidait de tout, pour sa femme, pour ses enfants. Quand j’étais bébé, et encore après, si une femme mariée voulait travailler, ou ouvrir un compte à la banque, il fallait d’abord que son mari soit d’accord. Ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. C’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Un petit matin, honteuse, sans rien dire, ma mère est partie à l’hôpital dans un pays étranger. Elle était enceinte. Mon père et elle ne voulaient pas de ce bébé. Mais les femmes n’avaient pas le droit d’avorter. Celles qui le faisaient en cachette, chez elles, sans vrai médecin, parfois mouraient. Et ma mère se souvenait que lorsqu’elle avait dix ans, une femme avait été décapitée pour en avoir aidé d’autres à avorter. Ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. C’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Quand j’étais enfant, quand j’étais adolescent, quand je suis devenu adulte, il y avait la peine de mort. On pouvait décider de décapiter les gens. Et si après on s’apercevait qu’on s’était trompé, c’était trop tard : leur tête était tombée dans le panier. Ce n’était pas ailleurs, il y a des siècles. C’était en France, il n’y a pas si longtemps...

Bien sûr, depuis longtemps, dans cette France-là, il existe aussi des LIBERTÉS. On peut chanter, danser, lire, apprendre, se réunir, protester, LUTTER... Lutter pour changer tout ce qui, peu à peu, finit par changer. Bien sûr aujourd’hui, grâce à ces changements, mon fils et mes filles sont plus libres que ne l’étaient mes grands-parents et mes parents, plus libres, même, que je ne l’étais... Et ils peuvent continuer à lutter, pour changer ce qui reste à changer.

Mais qu’ils n’oublient pas en regardant leur pays, ou d’autres pays plus loin, qu’en France, il n’y a pas si longtemps...




Vive La France ! lauréat du Prix UNICEF de littérature jeunesse 2017, catégorie 6/8 ans… ça fait vraiment plaisir  Remis sur le salon de Montreuil, ça me rappelle le Totem Télérama / Salon de Montreuil (les ancêtres des Pépites) en 1994 pour la Fille du canal, remis au même endroit. Oui, ancêtre, c'est ça ! . Les autres lauréats :
Catégorie 0-5 ans : Mesdemoiselles Kiki et le chat de Nébine Dominguez et Johanna Fritz , PAJA Editions
Catégorie 9-12 ans : Les Robinsons de l'île Tromelin de Alexandrine Civard-Racinais et Aline Bureau, Belin Jeunesse
Catégorie 13-15 ans : La Plume de Marie, de Clémentine Beauvais et Anaïs Bernabé, Talents Hauts Éditions
Catégorie 15-18 ans : Frangine, de Marion Brunet, Éditions Sarbacane

Sur FB. Alice: «As-tu des documents expliquant le consentement sexuel à un enfant ?» Mélodie : «Oui, un excellent livre de Thierry Lenain, C'est ta vie ! L'encyclopédie qui parle d'amitiés, d'amour et de sexe aux enfants. Le livre évoque même la question du travail du sexe avec respect.» Le livre en ligne ici : http://fr.calameo.com/read/0004167790792572d4f7c


Comment apprendre à «vivre ensemble» et accepter nos différences ? Thierry Lenain relève le défi haut la main avec cette série de petits romans Le jour où....
 
Le jour où la classe a voulu organiser un pique-nique et où les enfants ont discuté du menu… Le jour où un élève a demandé à sa maîtresse pourquoi elle est noire et qu’une des réponses était parce qu’elle n’est pas française…

Dans l’esprit du Petit Nicolas, l’auteur sait retranscrire la parole des enfants tout en nous invitant à un vrai débat démocratique. C’est pertinent et drôle, adapté à l’âge des enfants auquel il s’adresse (7-10 ans) et vivement conseillé aux parents !
 
On aurait presque envie de retourner à l’école, en tous cas dans la classe de la maîtresse Okili… c’est sûr !